Chat gonflable – la suite

Latérale du thoraxOn note tout d’abord une quantité marquée de gaz qui dissèque les plans adipeux sous-cutanés (flèches blanches), donnant cette apparence de vagues ondulantes à la périphérie de notre chat.  Dans la cavité thoracique, on remarque que les structures médiastinales sont soulignées, notamment les contours de l’aorte (flèches bleues), les parois externes de la trachée, l’oesophage thoracique (en bleu) de même que certains gros vaisseaux (tronc brachio-céphalique, veine cave craniale) autrement invisibles.  Cette apparence indique la présence d’un pneumomédiastin. On note également que la silhouette cardiaque est légèrement décollée du sternum et que le diaphragme apparaît aplati.  Même si un pneumomédiastin peut évoluer en pneumothorax, ce n’était pas le cas ici (voir plus loin l’explication de ces signes).  On note enfin du gaz dans l’espace rétro-péritonéal et autour de la partie dorsale de l’estomac (flèches jaunes).

Tout comme la majorité d’entre vous, avec la présence d’un emphysème sous-cutané, d’un pneumomédiastin et d’un pneumopéritoine aussi importants, nous avons tout de suite suspecté une lésion aux voies respiratoires supérieures pendant la procédure de dentisterie, soit à l’intubation (stylet), pendant l’anesthésie (ballonet surgonflé) ou à l’extubation (retrait du tube endotrachéal alors que le ballonet est toujours gonflé).  Et comme le traitement de ce genre de cas est la plupart du temps conservateur, l’air sous-cutané a été drainé et le patient mis sous observation.  Toutefois, le chat a continué de se détériorer dans les heures suivantes, à tel point qu’il a été placé dans la cage à oxygène.  Des radiographies du cou ont alors été réalisées afin de chercher une explication pour cette détérioration.

Latérale du couSur cette radiographie, outre les multiples opacités aériques linéaires de l’emphysème sous-cutané, on remarque la présence d’une réduction progressive de la lumière trachéale (astérisques blancs) par une opacité de tissus mous qui semble provenir de l’aspect dorsal (flèches jaunes), un peu à l’image d’un collapse trachéal chez un chien de petite race.  Honnêtement, nous n’avions pas une idée précise de ce que c’était à ce moment-là mais suspections tout de même que cela pouvait expliquer les signes de détresse respiratoire de notre patient.  Et comme il ne s’améliorait pas, nous avons décider de faire un CT du thorax sous-sédation profonde.

Nous fûmes donc très surpris de constater que cette image était en fait créée par une herniation de l’oesophage à l’intérieur de la trachée via une longue déchirure dorsale !

Hernie oesophage

Sur cette coupe transverse, on voit que l’oesophage (O) se retrouve maintenant à l’intérieur de la trachée (T, contour extérieur identifié par les flèches blanches), seul une mince portion de la lumière (en forme de croissant) restant disponible pour le passage de l’air.  On voit également de multiples zones d’emphysème sous-cutané (E).  Après discussion, nous avons opté pour une chirurgie afin de réparer cette déchirure traumatique de la trachée.

Les Drs Louis Huneault et Pierre Clerfond, respectivement chirurgien et résident en chirurgie à l’Hôpital vétérinaire Rive-sud, sont venus à la rescousse pour refermer la trachée de notre pauvre chat.

Chirurgie

On voit ici une image intra-opératoire de la déchirure qui se situait à la jonction entre la membrane dorsale et les anneaux de la trachée.  On note que le tube endotrachéal est inséré directement dans la lumière de la partie caudale de la trachée via le site chirurgical.  La longueur réelle de la déchirure avait été sous-estimée au CT, cette dernière s’étendait pratiquement du larynx à la carina en chirurgie.  Ce fût une chirurgie assez complexe et risquée mais qui s’est bien terminée grâce à nos deux chirurgiens, le chat ayant pleinement récupéré et obtenu son congé complet quelques jours après l’opération.

Quant à cette histoire de pseudo pneumothorax sur la latérale du thorax, cette impression était le résultat du pneumomédiastin qui était si important qu’il repoussait les lobes pulmonaires latéralement, soulevait le coeur et poussait le diaphragme caudalement.  On voit bien l’effet de cet accumulation de gaz sur une image transverse de CT.

CT Thorax

LPg = lobes pulmonaires gauches; LPd = lobes pulmonaires droits; C = coeur; T = trachée; Ao = aorte; E = emphysème sous-cutané.

RadioQuiz 13 – Donnez-lui un petit sac

Signalement: chatte domestique stérilisée de 2 ans

Histoire clinique: vomissements aigus depuis 2 jours

VD

Latérale droite

Pour lire la réponse, cliquez ICI (mot de passe: animages)

Grande vitesse au ralenti

Animages, c’est plus que de l’imagerie médicale.  C’est un regard sur le monde animal à travers des images, sous toutes ses formes.  En voici un exemple d’une grande beauté.  Portez attention au chronomètre en haut à gauche.  À regarder idéalement sur grand écran. Enjoy.

RadioQuiz 12 – Réponse

Comme la silhouette cardiaque était arrondie, on pouvait effectivement penser que l’augmentation d’opacité en région caudodorsale était associée à de l’oedème. Toutefois, les vaisseaux pulmonaires paraissaient normaux et la rondeur du coeur pouvait s’expliquer par la présence de gras péricardique chez ce patient obèse.  Traiter avec un diurétique et recommander une échocardiographie restait toutefois une proposition valable.  Compte tenu de l’âge de ce chat et de l’asymétrie de l’augmentation d’opacité pulmonaire, un processus tumoral devait aussi être envisagé. Une échographie aurait pu permettre de confirmer cette suspicion par le biais d’une cytoponction, si la masse se trouvait accolée à la paroi.  Chez ce chat, une tomodensitométrie (CT, scanner) a été effectuée (images du bas) afin d’obtenir un portrait global des poumons et d’exclure la possibilité de métastases pulmonaires et abdominales. Une masse au contour irrégulier a été identifiée au lobe caudal droit, entourant une bronche principale aérée. Un carcinome bronchoalvéolaire a été fortement suspecté sur la base d’une cytoponction échoguidée. Le reste des poumons ne montrait pas de métastases franches, mais quelques foyers d’atélectasie…  À suivre…

RX-compositeCT-composite

De faibles doses de radiations ionisantes peuvent être dommageables

Une récente méta-analyse publiée dans Biological Reviews conclut que de faibles doses de radiations ionisantes peuvent être dommageables pour la santé.  Un petit rappel de vigilance pour la communauté vétérinaire (les TSA surtout !) afin de maintenir notre exposition « occupationnelle » le plus bas possible puisque nous sommes, pour la plupart, davantage exposés au cours de notre vie que le reste de la population (radiographies, CT, médecine nucléaire)  !

La couverture du Science Daily se trouve ici.

Chat gonflable

Signalement: Chatte stérilisée de 6 ans.

Histoire clinique: Présentée en dyspnée 12 heures après un détartrage de routine.

 

Signes que l’hiver arrive…

Bien plus que les sapins qui poussent à droite et gauche ou les chansons de Noël en boucle dans les haut-parleurs «haut de gamme» des pharmacies, ce sont nos patients qui nous rappellent un peu plus chaque jour que l’hiver approche…  La preuve ?  Cette image de vésicule biliaire envoyée par le Dr Guy Beauregard de l’Hôpital vétérinaire Rive-sud.

Voyez-vous la petite maison dans la prairie ?

Ou la grosse maison sous la neige ?

À qui appartient cette papatte ??

RadioQuiz 12 – Mon chat ne file pas

Signalement: chatte domestique calico stérilisée de 11 ans.

Histoire clinique: Anorexique et abattue depuis deux semaines, avec toux occasionnelle. Depuis 24-48 heures, ne file vraiment pas.

Pour lire la réponse après vos votes, cliquez ICI. (mot de passe: animages).

Pourquoi deux vues latérales ??

L’emploi de trois vues radiographiques pour la recherche de métastases pulmonaires est devenu une routine en pratique des animaux de compagnie. Mais pourquoi au juste ?  Et pourquoi seulement pour la recherche de métastases ?  La présence d’air dans les poumons explique pourquoi les structures tissulaires et liquidiennes, comme le coeur, les vaisseaux, la bordure thoracique du diaphragme sont bien visibles, contrairement aux nodules et vaisseaux hépatiques, par exemple. Or, la présence d’air est aussi nécessaire à la détection des lésions pulmonaires, incluant non seulement les nodules et masses pulmonaires, mais également les lésions de bronchopneumonie et l’oedème dans certains cas. En décubitus latéral, les structures médiastinales suivent la gravité et compriment de façon variable le poumon situé vers le bas. Ceci est particulièrement vrai pour le coeur de gros chiens, qui par sa lourdeur peut complètement affaisser le poumon sous-jacent, éliminant par conséquence l’air nécessaire au contraste radiographique.  Dans l’exemple ci-haut,  la lésion pulmonaire parfaitement visible en latérale gauche (poumon droit hyperinsufflé) disparaît complètement en latérale droite !  Même chose pour le Bouvier bernois vu récemment, atteint d’un sarcome histiocytaire disséminé.  Les nodules/masses pulmonaires bien définies (et multilobée pour la plus grosse) présentes en portion caudoventrale du poumon droit (lobe moyen vraisemblablement plus ou moins le lobe crânial droit) sont typiques de cette fâcheuse tumeur maligne.  Ces lésions sont normalement accessibles à l’échographie, car généralement accolées à la paroi thoracique.  Chez ce chien, les lésions étaient suspectées sur la DV, mais un diagnostic confiant n’était possible qu’avec la 3e vue. Voilà… comme quoi…

À la faculté comme dans un nombre grandissant d’hôpitaux et cliniques vétérinaires, un examen radiographique du thorax comporte maintenant 3 vues. Avec un système numérique surtout, faites l’exercise de calculer le temps perdu à retourner en radiographie ou à fixer les radios pendant de longues minutes à chercher une lésion qui aurait été plus facile à voir si une 2e latérale avait été acquise initialement… Le nombre important d’exemples cliniques justifiant cette approche a fini par convaincre les cliniciens, même les plus septiques…  😉