Bravo aux 8% de perspicaces qui ont répondu «rien»…
Il s’agit en effet d’une pseudo-lésion créée par la sangle d’une muselière !
Voici d’ailleurs une radiographie prise quelques minutes plus tard sans la muselière:
La première chose que l’on apprend comme résident en imagerie est de toujours s’assurer que la lésion est 1) réelle (pas une image construite) et 2) qu’elle se situe bien dans le chien (ou le chat, le cheval, le veau, le cochon, etc.), un principe qui s’applique parfaitement dans ce cas-ci.
Pour revoir la question, cliquez ICI.
Une forte majorité de lecteurs (95% et plus) pense que cette lésion osseuse est agressive.
Pas de surprise ici, je partage tout à fait cette analyse. D’abord parce que cette lésion osseuse située dans la diaphyse distale du radius présente une zone de lyse d’apparence mitée dont la transition est mal définie d’avec l’os normal, avec une néoformation osseuse spiculée qui se projette dans les tissus mous. Mais aussi parce que cette lyse implique le cortex et qu’il y a un triangle de Codman correspondant à une zone de soulèvement du périoste, deux trouvailles associées aux lésions agressives. On note également une enflure des tissus mous en regard de cette lésion.
Maintenant, quels sont les diagnostics différentiels pour cette lésion osseuse agressive monostotique mixte à prédominance lytique située dans la diaphyse distale du radius d’un Bouvier bernois de 8 ans ?
Une personne mentionne dans le sondage, à juste titre, qu’une biopsie est requise avant de se prononcer plus en avant. Il est en effet quasiment impossible de distinguer radiographiquement une ostéomyélite fongique d’un processus néoplasique. Allez voir ce cas pour vous en convaincre. Par contre, l’âge, l’absence de trauma pénétrant et le degré relativement léger de réaction osseuse (sclérose/prolifération) sont autant de critères qui nous permettent de pratiquement éliminer la possibilité d’une ostéomyélite bactérienne.
Considérant que l’incidence de la blastomycose est plutôt faible au Québec et que la coccidioidomycose est absente, il est raisonnable de mettre un processus néoplasique en tête de liste. On pense évidemment en premier lieu à une tumeur osseuse primaire (ostéosarcome surtout) mais en observant de plus près, cette lésion se situe dans la diaphyse distale plutôt qu’en région métaphysaire comme c’est généralement le cas avec les ostéosarcomes des os longs. Il faut donc ajouter un autre type de tumeur aux principaux différentiels, notamment une métastase, un hémangiosarcome ou un sarcome histiocytaire.
Bon, devinez c’était quoi ? Eh oui! Comme tout bon Bouvier bernois, c’était un sarcome histiocytaire osseux…
Voici une question envoyée par un confrère:
«Lorsqu’un chien a des calcification du noyau discal, est-il plus prédisposé à faire des hernies discale ? Ou est-ce un signe qu’il a déjà eu des pathologies ?»
Chez les races chondrodystrophiques, il n’est pas rare de voir de multiples sites de minéralisation in situ du noyau pulpeux. Cette minéralisation change la «biomécanique» du disque qui devient donc plus susceptible de produire une extrusion dans le canal vertébrale (Hernie de type I).
Par contre, le seul fait de voir des disques minéralisés sur une radiographie d’un chien avec des signes d’hernie discale ne permet pas de conclure automatiquement qu’il s’agit du site d’hernie discale… parce que tous les disques minéralisés ne finissent pas en hernie discale (cela dépend de plusieurs autres facteurs comme la santé de l’anneau fibreux, les forces appliquées à cet espace précis et la présence de structures stabilisantes comme les ligaments des têtes des côtes au niveau des premières vertèbres thoraciques), ce n’est pas nécessairement le plus minéralisé qui hernie en premier (pour les mêmes raisons) ET il peut y avoir eu des épisodes antérieurs chroniques qui ne sont pas responsables des signes au moment de la présentation.

Même avec un noyau aussi minéralisé que celui visible à L3-L4 (flèche blanche) et du matériel minéralisé superposé au canal vertébral, nous n’avons pas assez d’information pour aller en chirurgie. D’abord parce qu’on ignore la latéralité de cette lésion mais aussi parce que l’espace intervertébral L6-L7 montre également des anomalies (flèche jaune).
Bref, oui il faut avertir le proprio que son chien est à risque (c’est une bombe à retardement) et qu’il peut commencer à mettre de l’argent de côté 😉 mais il faut absolument une autre modalité (myélographie, CT + myélogramme au besoin ou idéalement un examen d’IRM haut champ) pour confirmer le site exact et le degré de compression de la moelle épinière.

Extrusion discale (hernie de type I) sur une image de CT reformatée en plan sagittal (A) et sur une image d’IRM pondérée en T2 dans le plan sagittal (B).
En parcourant le bilan 2014 de notre blogue, j’ai été surpris de constater que le site qui nous avait envoyé le plus de visiteurs en 2014 était… un site brésilien ! Le blogue Radiodiagnostico Veterinario est tenu par deux imageurs vétérinaires brésiliens qui publient régulièrement, notamment des cas cliniques avec parfois des maladies plus… exotiques 🙂
Alors j’invite les lecteurs lusophones de ce blogue de même que les curieux (avec l’aide de Google translate) à aller faire un tour sur leur blogue.
Louis-Philippe de Lorimier nous a gentiment fait parvenir un message qu’il a reçu d’un ami oncologue qui travaille au Oradell Animal Hospital et qui fait le point sur la situation:
«Thanks for checking in. We are all ok. We were replacing out MRI and we think that the explosion occurred during the venting of the helium. All Oradell staff and all animals ok. 3 people from the outside company we lease the MRI from were injured. One critical but he should be ok. The hospital is out of commission right now. Not sure for how long.»
Une histoire qui se termine plutôt bien dans les circonstances.
Un appareil d’IRM a explosé hier après avoir pris feu dans un hôpital vétérinaire de Paramus au New Jersey, blessant trois personnes dont une grièvement. Selon les premières informations, deux techniciens étaient en train de démonter la vieille machine du Oradell Animal Hospital au moment de l’incident. Il y a eu une petite fuite d’hélium suite à l’explosion mais c’est l’effondrement du toit qui semble avoir causé le plus de dommages. Heureusement, la plupart des animaux et des employés étaient situés dans une autre section du bâtiment quand l’accident est survenu.
Vous trouverez les détails de cette histoire ici.
Un bon rappel que l’IRM est une modalité fantastique mais qu’il convient de manipuler avec précautions !
Bouvier bernois mâle de 8 ans présenté pour une boiterie de non appui du membre thoracique gauche. Il y a une enflure de l’extrémité distale du membre et douleur à la palpation.
Vous faites deux vues de l’antébrachium:
Au moment d’écrire cette réponse, les avis étaient plutôt partagés: 50% pensent que non, 40% penchent du côté du volvulus gastrique et 10% sont indécis.
On constate en premier lieu que nous n’avons pas l’image radiographique classique où le pylore se situe craniodorsalement et où il y a une compartimentation de l’estomac.

Latérale droite avec les changements classiques vus lors de volvulus gastrique. Cette image est tirée du site de Cool Springs Animal Hospital.
Après un premier examen, j’avoue que je me situais davantage dans le 10% des «Je ne sais pas». Mais voyons voir si certains indices pourraient nous aider à séparer le bon grain de l’ivraie…
On note en premier lieu que l’estomac est fortement distendu par un mélange de gaz et de liquide (flèches jaunes) mais, curieusement, les replis gastriques se retrouvent plutôt déplacés ventralement (têtes de flèche blanches) alors que la partie dorsale de l’estomac, qui est soulignée par le gaz et devrait pourtant correspondre au fundus, est lisse. On note aussi la présence d’une dilatation importante de l’oesophage thoracique caudal (flèche blanche), trouvaille fréquemment associée au volvulus gastrique. Une structure irrégulière remplie de gaz est superposée à la partie craniodorsale de l’estomac (ovale bleu) alors que toutes les anses du petit intestin et le colon sont repoussés loin caudalement par l’estomac dilaté. Il persistait donc un doute à l’effet que cette structure pouvait être l’antre pylorique faiblement distendue. Enfin, la rate est repliée sur elle-même avec une forme de «C» inversé (en rouge), indiquant une position anormale de la tête avec soupçon de la présence d’une torsion splénique. Le détail des séreuses reste bon et je ne voyais pas de pneumatose de la paroi.
À la lumière de toutes ces trouvailles, je craignais fortement que nous étions en présence d’un volvulus gastrique d’apparence radiographique atypique avec torsion splénique concomitante. J’ai donc recommandé une projection orthogonale afin de valider cette hypothèse.
Sur la projection VD obtenue, la jonction gastroduodénale se retrouve dans le quadrant cranial gauche de l’abdomen, ce qui est une position anormale et confirme un volvulus gastrique. Il semble cependant incomplet, ce qui explique probablement l’absence de la compartimentation pathognomonique.
La morale de cette histoire ? Même si il est vrai que la projection latérale droite est suffisante dans la majorité des cas pour établir un diagnostic de dilatation-volvulus gastrique, si l’image radiographique ne vous permet pas de confirmer votre diagnostic différentiel principal, il est fortement recommandé de compléter votre examen avec au moins une projection orthogonale.


